Gazette Drouot #23 du 9 Juin 2017

By 9 juin 2017Articles

MOUILLE VERSION VERTICALE

Si l’on voit défiler sur le marché les nombreuses Formes noires de Serge Mouille – ces luminaires noirs aux bras pivotants –, ses Colonnes sont bien plus rares. Elles illustrent la deuxième partie de sa carrière, qui débuta en 1960, après une coupure due à des problèmes de santé et à une mauvaise gestion de ses créations par son éditeur Steph Simon. Serge Mouille change alors d’infrastructures, avec la création d’un nouvel atelier, la SCM (Société de création des modèles), et de style avec le passage à des formes plus géométriques et modernes. Mais rien n’est impossible pour cet artiste passé par l’École des arts appliqués et l’atelier de Gabriel Lacroix, avant de se lancer seul dans le métier en 1945. Très tôt, ce Parisien s’est orienté vers le travail du métal. S’il a commencé par la production d’orfèvrerie de table, il se tourne dès 1953 vers la fabrication artisanale de luminaires. Son travail a tout de suite intéressé les plus grands décorateurs, dont tout d’abord Jacques Adnet puis Louis Sognot, directeur de l’atelier Primavera des Grands Magasins du Printemps. Il réalise également de grandes commandes pour les réfectoires et espaces verts de la cité universitaire d’Antony, ou encore pour le centre d’essais en vol de Brétigny-sur-Orge et le paquebot France. Mais revenons à notre grande colonne au corps facetté, reposant sur un pied en retrait à large réception carrée en acier, et à éclairage fluorescent. Il aura fallu une année de réflexion et de travail à l’artiste pour donner vie à ces modèles. Sa volonté était de se démarquer… C’est chose faite grâce aux tubes fluorescents, jusque-là utilisés uniquement dans l’industrie. De même, l’aspect architectural, et vertical, rompt avec la sensualité des anciennes Formes noires et leur conception horizontale. Une création avant-gardiste qui lui vaudra de nombreuses récompenses de la part de la profession mais un succès commercial mitigé… Une erreur aujourd’hui corrigée !

33, boulevard Maréchal-Foch – Samedi 10 juin à 14 h – Arts décoratifs du XXe , design, mode et accessoires, vintage, art contemporain, moto Benelli modèle de 1973 – Expert(s) : M. Legrand – Carvajal OVV, 04.92.93.16.35. Voir Gazette nos 20, 22. Les arts du XXe siècle seront mis à l’honneur, avec notamment la présence de grands noms de la décoration intérieure moderne. Parmi eux, Serge Mouille avec un rare spécimen de sa colonne lumineuse Grand Signal, datée de 1962 et estimée 50 000/70 000 €. Un canapé garni de velours, dans le goût des modèles Ours polaire de Jean Royère, se négociera par ailleurs à 10 000/12 000 €. Le designer italien Osvaldo Borsani sera quant à lui présent au travers d’un canapé D70, édité par Tecno vers 1955, prisé 3 500/5 000 €. Pour la sculpture, nous retiendrons Le Grand Masque en raku émaillé polychrome de Roger Capron, attendu à 5 000/6 000 €. La mode parfera ce défilé avec notamment un sac Hermès « haut à courroies » en veau togo gris tourterelle, coté 8 000/10 000 €.

Serge Mouille (1922-1988), colonne lumineuse modèle Grand Signal en aluminium plié et ajouré, ateliers Serge Mouille, 1962, 192 x 30 x 30 cm. Estimation : 50 000/70 000 €