Var-Matin - 30 Avril

Vente aux enchères : luxe, calme et… nostalgie

Une expo-vente publique était organisée samedi salle Louis-Blanc sur le thème de la mode et du vintage, parallèlement au salon éponyme. L'occasion de faire des affaires !

Le maillet tombe. "Adjugé à 150 euros pour le numéro 21", s'exclame Gilles Carvajal, micro à la main. Cette fois, le commissaire-priseur vient d'attribuer le lot n° 144, une paire de sandales en satin et petite fleur en strass noir, taille 36. Une affaire, pour des chaussures griffées par une célèbre marque française. 
Et ce fut évidemment le cas pour tous les 400 lots environ mis aux enchères, samedi, dans la petite salle de Louis-Blanc de la cité du Bailli.
Bracelet de chez Chanel, montre Hermès, collier signé Yves Saint Laurent, porte vêtements Gucci, montre par Cartier, etc. : il y en avait pour tous les goûts et pour tous les portefeuilles.

"Petits prix pour grands créateurs"

On trouve ainsi une paire de lunettes de soleil, de 1980, à 40 euros - "un petit prix pour un grand créateur" - jusqu'au sac en crocodile modèle "Birkin" estimé à 20-25.000 euros ! Photos des produits sur écran, expositions des lots dans les rangées par Olivier, essayages express de vêtements par Julie : tout est fait pour mettre en valeur…
Et, dans le public, une très légère fièvre monte au fur et à mesure. Les mains se lèvent ici et là, pour faire grimper les tarifs. Une fois à droite dans la salle, une fois à gauche, parfois au fond. Tout va très vite. Parfois, on ne passe que quelques secondes seulement sur un lot. 
"Que c'est joli", s'enthousiasme une dame devant une robe de défilé en soie métallisée mauve. Elle ne renchérit pourtant pas. Tant pis.
Une autre lève sa main pour un bracelet en maillons d'argent. "Ah, c'est trop tard", lui répond Maître Carvajal. "Il part pour 500 euros à cette autre dame".

Sur internet ou par téléphone

Devant une ceinture en cuir "courchevel gold", une personne dans l'assistance lâche : "Ah non, pas ça, j'ai déjà la même".
Pour une montre de dame Cartier, en or blanc, modèle "Tank américain", les enchères montreront à… 12.000 euros. "Il faut payer maintenant, lui dit-on. Et le lot pourra-t-être enlevé ce soir ou demain matin."
D'autres, qui n'ont pu être présents physiquement font monter les enchères sur Internet ou par téléphone : ainsi, une robe Ungaro de 1965 partira pour 350 euros. Certains étaient venus, la veille, en repérage et essayage : c'est comme cela que le manteau en vison est cédé pour 1.000 euros, en toute connaissance de cause. Pour ces messieurs, peu de chose, mais de très belles pièces : une montre Vuitton pour "moins de 1.000 euros", une ceinture en cuir lisse, ou ce chemisier imprimé en soie fond crème.
De nombreux lots n'ont, cependant pas trouvé preneur, comme cette paire de boucles d'oreilles en forme de coquillage en métal doré. "Vous devriez tous être debout sur vos chaises à faire monter les enchères", s'étonne le commissaire-priseur.
Finalement, une grande partie de l'assistance s'est déplacée par curiosité. Et pour le spectacle. Heureusement, il y en a eu.

Sunder Chaudhari

 -------------------

Interview express - Gilles Cravajal, commissaire-priseur

"Démocratiser ce mode de consommation"

Présent à l'occasion du salon du vintage, Gilles Carvajal a dirigé, pour la première fois dans la cité du Bailli, samedi après-midi, la vente, salle Louis-Blanc.

Comment avez-vous choisi les produits présentés ?

Avec Martine Vaysse, la consultante en mode et vintage, nous avons sélectionné les pièces dans une optique de qualité. Il n'y a que des grandes marques pour aller avec l'image de Saint-Tropez. Et faire rêver ces dames avec des produits qui viennent de boutiques du monde entier.

Quelles sont vos plus belles "prises" ?

Des malles anciennes. Une d'entre elles date du XIX° siècle. L'éventail des prix va de 1.000 à 5.000 euros, pour du Goyard.

Comment on se prépare à diriger une vente ?

Il n'y a pas de véritable préparation. On a ça dans le sang. Et pourtant, 5h de vente, c'est 5h à taper du marteau, à décrire le produit. C'est du spectacle.

Est-ce que l'on sait, à l'avance, si on va bien vendre ou pas ?

Ça dépend beaucoup de la personnalité du commissaire-priseur. S'il sait mettre l'ambiance ou pas. Pour celle-ci, on peut accéder à un public plus large que celui, un peu plus restreint, quand il y a du mobilier ancien ou du vin.

C'est effectivement un monde très particulier…

Oui. Les enchères restent un mode de consommation à part. Mais je cherche à le démocratiser.