Nice-Matin - Novembre 2011

Un objet / Une histoire

Un lit historique

Par Grégory Bustori

 

Certains objets traversent l'Histoire pour mieux nous remémorer les épopées passées…
Ce lit de l'époque Empire a été adjugé à Antibes plus de 53 000 euros.

 

Les salles d'enchères laissent entrevoir parfois des trésors historiques tout droits sortis d'un lointain passé. Ce lit d'alcôve bicentenaire est une pièce unique, magistrale et imposante. Il remémore ce début de XIX° siècle, quand la France était un empire que rien ne semblait pouvoir arrêter. Les arts décoratifs et le mobilier d'époque ont trouvé un nouveau souffle dans ces années qui suivirent la Révolution. Exit la royauté, ses frasques et ses décors finement dorés… Le style Empire qui va émerger prend le contre-pied d'une opulence révolue. Ce lit d'alcôve aux motifs de l'Egypte antique date de cette période et révèle un nouvel esthétisme français. Pièce unique, mise à la vente à Antibes par l'enseigne Carvajal SVV, le 16 Avril dernier, il aura fait grimper les enchères jusqu'à un niveau inégalé. C'est en effet la première fois qu'un tel modèle se retrouve adjugé sous le marteau, à hauteur de 53 070 euros, alors qu'il était estimé entre 6 000 et 8 000 euros ! Retrouvé dans un appartement cossu de Nice, celui-ci était dans un état de conservation remarquable.

Les finitions, inspirées de motifs antiques égyptiens, puisent leur essence dans la conquête napoléonienne de l'Egypte. Pour Napoléon, cette expédition de 1798 et 1799 fut un sérieux revers. En guerre contre la couronne anglaise, il comptait mettre la main sur le canal de Suez afin de couper la route des Indes. L'amiral Nelson, qui coula une très grande partie de la flotte française en baie d'Aboukir, força la retraite de Napoléon. Le mythe de cette conquête ratée a sans doute contribué à l'emballement des personnes qui ont enchéri lors de la vente du 16 avril dernier. Des collectionneurs anglais, brésiliens et français se sont battus jusqu'au coup de marteau. Le lit est toutefois resté dans l'hexagone, un collectionneur français ayant réussi l'achat de cette pièce d'exception.

 

Signé de main de maître

Cette pièce reflète parfaitement le style Empire, que quelques artisans ont su littéralement modeler. L'estampe qui figure à trois reprises sur le lit est celle d'une véritable dynastie de menuisiers-ébénistes, les Jacob. Pendant des décennies, ils ont travaillé consoles, meubles et chaises pour les hautes sphères du pouvoir, et ce depuis le règne de Louis XVI. Cette estampe "JACOB D.R MESLEE" révèle l'excellence du savoir-faire de cette famille. François-Honoré Jacob, qui signa ce lit d'alcôve, pris cette signature à la mort de son frère Georges, pour "Jacob Desmalter Rue Meslée" durant le Directoire. Plus qu'un lit, un véritable morceau d'histoire…