Nice-Matin Enchères : Article 4 Novembre 2012

Le vintage aux enchères

De Paris à la Côte d'Azur, l'intemporelle mode vintage se propage dans les salles de ventes

 

Parler vintage, c'est toucher à l'affectif. Tirer sur la corde sensible de la nostalgie. Raviver souvenirs et émotions à la vu d'un bijou, un sac ou une robe autrefois arborés par ses parents ou grands-parents. Des objets intemporels, dotés d'un supplément d'âme, et définis par Martine VAYSSE, passionnée de mode et consultante sur le marché des enchères : "Le vintage est magique et aussi écologique. C'est l'occasion de donner une deuxième vie aux objets. Certains d'entre eux ont une odeur de cave et n'ont d'autre valeur que celle du recyclage, d'autres ont une valeur marchande importante car ils proviennent de marques prestigieuses et font partie du patrimoine comme les sacs Kelly ou Birkin d'Hermès."

 

"Ce patrimoine fait rêver"

Le mariage de l'aiguille et du marteau, de la mode et des enchères, remonte aux années 80 chez Drouot, sous l'impulsion d'un duo parisien (F. Sternbach - D. Chombert) spécialisé dans l'expertise. Pionnier de ces ventes thématiques dans la région, Maître CARVAJAL emboîte le pas grâce à l'œil avisé de Martine VAYSSE : "C'est un domaine dans lequel il faut avoir baigné longtemps, ficher des objets si spécifiques nécessite des termes précis et une grande connaissance face aux contrefaçons qui envahissent le cœur du marché, comme les produits Vuitton ou Chanel."

Des faux qui prolifèrent, chacun voulant ressembler à Julia Roberts, Kate Moss ou Marion Cotillard… Autant d'ambassadrices des tapis rouges devenues vitrines haut de gamme. Des égéries façonnées par les stylistes et dictant des tendances fortement inspirées de la création à la française. "Nous avons les plus grands couturiers du monde et ce patrimoine fait rêver. Il prend une résonance particulière avec l'actualité comme le retour à la mode du sac croco qui s'arrache dans le monde entier", explique Martine VAYSSE. Essentiellement féminine et plutôt jeune, la clientèle d'aficionados du vintage gomme les frontières grâce aux ventes par Internet et un attrait résolument universel : "Les clientes recherchent toutes la même chose, les mêmes marques. Il y a des coups de cœur, mais beaucoup viennent pour un objet précis, comme un sac Hermès dont elles savent que l'attente en magasin est de six mois."

 

De 10 à 10 000 euros

Parmi ces objets certains attisent les convoitises sans discontinuer comme les malles anciennes, type Vuitton années 1850-1860, que les collectionneurs s'arrachent à coup de dizaine de milliers d'euros. Des pièces exceptionnelles de bagagerie ou maroquinerie prisées non sans hasard : "Certaines personnes sont plus réticentes à porter des vêtements déjà portés, sur un sac ou une malle l'empreinte personnelle est moindre" justifie Gilles CARVAJAL. Une explication applicable par extension à la gente masculine : "Il y a énormément de demande sur des objets masculins comme le sac à dépêche d'Hermès par exemple, mais encore faut-il qu'il soit dans un bon état. Or les hommes ont tendance à plus user leurs biens, ce n'est pas dans leur culture d'acheter des vêtements et accessoires déjà portés", poursuit Martine VAYSSE.

Une chose est sûre, le vintage n'est pas l'apanage du luxe et chacun peut se faire plaisir.

Du bracelet fantaisie à 10 euros à la pièce unique de 10 000 euros : "On a plus de facilité à acheter des choses chères pour se vêtir et même les moyens restreints achètent. On peut, par exemple, acquérir des vieux carrés Hermès à des prix identiques voire inférieurs aux neufs." assure Maître CARVAJAL. Les années passent mais la valeur reste.

 

THOMAS MICHEL