Nice-Matin Enchères : Article 30 Septembre 2012

Régionalisme : un patrimoine entre de bonnes mains

Riche et divers, l'héritage culturel de la Côte d'Azur est l'objet de toutes les attentions

La semaine dernière à New-York se tenaient des débats annuels entre philanthropes et experts de tout domaine, soucieux du devenir des identités locales face à la mondialisation. Les parties y accordaient leur confiance aux maisons de ventes aux enchères dans la préservation de ces identités. Erigés comme garde-gou face à l'évolution tous azimuts du marché international de l'art : "Ils s'efforces coûte que coûte d'établir la provenance d'objets à valeur culturelle avec le plus de respect possible pour leur histoire." Devenue une plaque tournante de l'art, la Côte d'Azur et son régionalisme ont-ils parés contre une fuite culturelle ? La vision éthique du commissaire-priseur cannois, Me Besch, tranche : "Les enchères ce n'est pas de la spéculation mais de la mise en valeur du patrimoine." Et celui de la Côte d'Azur est opulent.

Des œuvres uniques

Un marché constamment abreuvé bien que scindé en deux. D'un côté, Nice et son identité exacerbée, de l'autre le bassin cannois et son pluralisme. La résurgence naturelle d'un coin d'Azur devenu lieu de villégiature des plus grands artistes internationaux au fil du temps. Un melting-pot à tendance contemporaine qui puise souvent sa force - et sa sauvegarde - dans la véracité de ses "survivants". Ces propriétaires parfois étrangers à la valeur du trésor enfoui dans leur cave, et qui grâce à la gratuité et la confidence des expertises, transmettent aujourd'hui des œuvres uniques. De l'infirmière de Picasso disposant de certains croquis aux esquisses d'une fresque de Cocteau à la mairie de Menton aujourd'hui entre les mains de ses maîtres d'œuvre, Me Besch cumule les anecdotes succulentes. Autant de biens de rang qui trouvent une seconde vie dans les salles de vente locales.

Clientèle locale

"Le régionalisme, ce sont des ventes spécifiques mais ouvertes à tous les budgets et tous les types d'œuvres", assure Me CARVAJAL. A Nice, le vivier est tel que des biens atypiques comme les faïences s'arrachent parfois en ventes courantes. Les livres et tableaux régionaux sont en revanche devenus de vraies spécialités pour la maison Boisgirard ou maître Palloc (Hôtel des ventes), et ne sont exhumés que par des ventes exceptionnelles, catalogage et certificat d'authenticité à l'appui. Quant à la nature des acquéreurs, elle rassure sur une éventuelle dilapidation : "A Nice où l'identité est la plus forte, la clientèle est essentiellement locale", assure Maître CARVAJAL. Après tout, Machiavel n'écrivait-il pas : "Les hommes oublient plus facilement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine."

 

THOMAS MICHEL

 

"Cannes, le Suquet et le port". A l'image de cette huile sur toile signée Louis Pastour (1876-1948) et adjugée 7800€ (9385€ frais compris), les peintres locaux ont la cote chez les collectionneurs. (DR)

 

Miroirs de l'Histoire

L'art est un prisme d'une clarté absolue. Une trace indélébile de l'évolution perpétuelle. En l'occurrence, celle d'une ville : Nice. La maison de ventes CARVAJAL à Antibes ouvrira cette fenêtre identitaire pour la première fois, le 10 Novembre, avec une vente exceptionnelle estampillée "régionalisme". "Dans toutes nos ventes de tableaux, le gros de la marchandise est local mais cette fois nous avons deux collections exceptionnelles de particuliers niçois", se réjouit Me Gilles CARVAJAL. Seront ainsi exposés (la veille et le matin même), puis mis en vente, des tableaux des XIX° et XX° siècle (Dominique TRACHEL, Lucien GENIN…), des arts graphiques (Emmanuel COASTA - projet de l'Opéra de Nice, Ben, Fahri (illustration ci-contre), et des objets insolites tel un vieux parcmètre niçois.